Saison 2014/2015

DU 04 AU 20 MAI 2015 / Création de texte

Lundi, mardi et mercredi à 20h30

 
 
Destiné à vendre ou a être vendu
Lui-même ne le sait plus
Il est un homme en promotion

Interprètes
Céline Marguerie
Gilles Sampieri

Accessoiristes, Vigiles
Aurélien Guignier
Walter Thompson

Création lumière, scénographie
Melchior Delaunay

Régie son-vidéo
Loïc Le Roux

Création vidéo
Céline Marguerie
Gilles Sampieri

Voix-off et collaboration vidéo
Boris Laroche

Costumière
Hélène Marguerie

Musique
Gilles Sampieri

Chargée de diffusion
Valérie Teboulle
 

Le Colombier / Cie Langajà Groupement présente

ULYSSE EX-PROMOTION
Écriture et mise en scène Gilles Sampieri
 

Ulysse ex-promotion est une pièce sur le désir/le dégoût.
Sur le monde de l'achat.
Sur la production alimentaire.
Sur la grande distribution,
les signes, marques, produits,
croyances d'aujourd'hui.
Sur le langage marchand.
Sur nos corps, matière de la consommation.
Sur le culte de la profusion.
Sur le cannibalisme...
On y parlera de cette société qui recycle les cadavres bovins,
comme si elle s'apprêtait à un rituel de grand sacrifice.
Une pièce-document où les personnages se cherchent à travers l'achat, expriment confusément leurs perceptions sur la profusion, le débit,
les sollicitations promotionnelles, l'endettement personnel.


Un homme et une femme face à un implacable dispositif commercial
La grande surface propose un jeu à ses clients. Revêtir pendant le temps de ses achats, la panoplie d'un personnage : Ulysse, héros d'un jour du magasin. Le client, Marc Fritz, navigue avec cette nouvelle identité et confronte l'achat à la mythologie.
Une négociation de crédit ou une histoire d'amour ?
Dans cette grotte commerciale, les deux personnages vont mettre en scène un combat mythologique entre le narcissisme du client et les manipulations du monde marchand.


Ulysse ex-Promotion représente notre amnésie collective,
notre Odyssée de la consommation.

L'écriture de cette science-fiction mythologique est basée sur des documents «réels», notamment l'existence de projets autour du concept de « Grand village de l'achat ». Cette hypothèse de nos magasins de demain progresse dans la pièce par décalage et pousse les nouvelles stratégies de transaction jusqu'au grotesque. Désir, confusion, crédit… L'humour naît des promesses de la pulsion d'achat, puis de ses conséquences. Le magasin immerge et projette violemment les corps, du songe de la publicité jusqu'aux réalités de l'endettement.


Le culte de la profusion, c'est une joie contemporaine,
c'est chair et objet qui ne font qu'un.

Les messages publicitaires omniprésents égrènent ces promesses de liberté, de plaisir voire de jouissance. Ces langages mythologiques en participant à notre confusion émotionnelle décident l'achat. Dans cette traversée cruelle, je m'amuse à étirer la temporalité de ces instants, à observer au microscope cette mécanique où l'homme discute avec la consommation, à scruter la manière dont il projette sa libido sur les marques devenues objets de culte, mais aussi à décrire son corps devenu matière première de la consommation de masse.
Cette pièce fictionne sur nos folies collectives, nos solitudes contemporaines, sur notre « désir-dégoût » de ce monde de l'achat.

Une poésie de l'urgence / ORIGINE DE L'ÉCRITURE

L'écriture interroge une possible poésie de la publicité tout en jouant avec sa violence potentielle.

1998 : En plein scandale des farines animales, avec ces rumeurs de contamination du virus dit « de la vache folle»… J'ai amorcé l'écriture pendant les répétitions de «Outrage au public» de P.Handke, je voulais faire une réponse dialoguée en écrivant un texte documenté de faits réels sur les comportements de masse. Puis dans l'allée d'un grand magasin j'ai lu «Ici la vie est un rêve». S'en suivi la décision d'écrire le trajet d'un personnage contemporain enchaîné à la consommation. Une sorte de clown du client, un héros guerrier et rêveur des grandes surfaces. Ses chances de sortir financièrement indemne sont intimement liées à sa faculté de discernement. La position du consommateur enchaîné au centre de promotions publicitaires agressives m'a poussé à écrire une langue polluée et déformée par la profusion. Puis d'y associer en contrepoint une langue poétique dédiée au particulier, au sensible. Un autre monde des mots vierges de consommation, qui étirerait notre perception intime, laverait notre impulsion organique à tout échange commercial. L'association de ses deux codes d'écriture a ensuite évolué comme une contrainte qui m'a permis de transgresser le naturalisme des situations. Il s'agissait d'exprimer plusieurs niveaux de conscience, écrire une langue qui pousse le corps à expurger les secrets de notre trajet quotidien. Plusieurs voix qui dialoguent, plusieurs clés de lecture qui composent et décomposent les réalités et les mythologies du client d'aujourd'hui.


Pourquoi les enfants pleurent si souvent dans les grandes surfaces.
J'ai posé l'hypothèse d'une grande colère intérieure, d'une frustration face à toutes ces sollicitations et possibles plaisirs à saisir dans les magasins. Terroristes de la consommation, les personnages de la pièce portent chacun une part de cette enfance. La pièce parle aussi de notre émerveillement contemporain, cette féerie, cette fascination des outils du divertissement et le progrès scientifique qui pousse notre passion pour l'objet jusqu'à ses limites. Signes, marques, mythologie de la métamorphose, torsion de la réalité par les technologies modernes, hégémonie des systèmes de surveillance, fascination des images. Ce dispositif merveilleux tente d'animer avec décalage cette violence à la fois sourde et joyeuse que les enfants perçoivent dans nos grands magasins.


Vers une expérience physique de l'écriture.
Par la langue, j'ai tenté de restituer l'odyssée intime de personnages, donner par flux d'expressions liées aux pulsions et à l'imaginaire un nouvel espace qui englobe le monde, une fuite pour des êtres confrontés à l'enfermement. Il s'est agit de tisser un parcours intérieur très énigmatique pour l'opposer au système rationnel de la machine marchande. De ce fait la pièce s'ancre dans un lieu très contemporain mais elle va bien au-delà de la thématique de la consommation. Elle pose symboliquement deux êtres humains dans les manifestations extrêmes de leur époque et les pousse à y investir leur reconnaissance intime, leur rupture, leur poétique contemporaine.

 

Production : Le Colombier / Cie Langajà Groupement. Avec le soutien du Conseil Régional d’Île-de-France, du Conseil Général de Seine-Saint-Denis et de la Ville de Bagnolet.