Saison 2015/2016

DU 27 AU 31 JANVIER 2016 / Création de texte

Mercredi, vendredi et samedi à 20h30 / Jeudi à 15h / Dimanche à 17h

Tout public - À partir de 14 ans
 

© Marine Beccarelli

 
Avec
Claude Guyonnet
Anna Schmidt
Anne Sée
Sara Vaz

Assistante à la mise en scène et à la dramaturgie
Alexia Krioucoff

Création et Régie Lumière,
Régie générale
Cécile Robin

Création et Régie Son
Emmanuel Richier

Scénographie et costumes
Clémence Kazémi
assistée de Benjamin Sillon

Collaboration et conseil historique
Maud Chirio

Administration, production, diffusion
Juliette Medelli
(Copilote)

Production Allemagne
Katja Kettner et Tine Elbel
(Kunststoff)

Production Portugal
Maria Manuel et Maria João Santos
(Stage One)

Avec l'aide de
Flavia Amarrurtu

Traduction
Marlene Knupfer
En coréalisation avec Le Colombier, la Cie Day-for-Night présente
NO(S) RÉVOLUTION(S)
Écriture Mickael de Oliveira et Ulrike Syha
Conception, dramaturgie et mise en scène Anne Monfort
 

Ici et maintenant, quatre acteurs, de trois nationalités (allemande, française, portugaise), parlent de leurs souvenirs de révolution et de la possibilité d’une révolution aujourd’hui - que serait-elle ? Quels seraient ses mots d’ordre ? Cette communauté va traverser l’imagerie des révolutions passées et de leurs traces.
Ils évoquent des tableaux, traversent leurs souvenirs personnels de révolutions récentes. Des concepts politiques, liés à l’histoire nationale s’avèrent « intraduisibles » et le processus de la traduction devient elle aussi matière de plateau ; les trois langues s’entendent et se répondent.
Comme des flashs subliminaux apparaît Marat assassiné, une femme au drapeau, des bras qui passent au-dessus d’un mur, des œillets. « Notre » révolution imaginaire se construit à partir d’anecdotes venues de divers lieux et différentes époques. Peu à peu, la fiction contamine le réel : à l’extérieur, une révolte, une chose qui gronde et dont personne ne sait encore rien, sur laquelle circulent des témoignages contradictoires. La violence et la terreur sont-elles évitables ? La révolution est-elle forcément une déception ? Que diront les générations futures ? Actuelles ? Et quelles sont leurs révolutions, et celles qu’elles ne font pas ? Quel est l’héritage des révolutions ? Et leur folklore, leur kitsch ? Voire leur « tourisme »? Comme l’interroge l’historienne Sophie Wahnich, pourquoi a-t-on aujourd’hui, depuis 1989, intériorisé l’idée que l’utopie et le désir d’une vie meilleure mènent forcément au totalitarisme ? Comment aujourd’hui, créer l’irréversible ?

ANNE MONFORT/ Metteur en scène (France)

Pour concevoir No(s) Révolution(s), je travaille avec deux auteurs. J’ai sollicité l’auteur portugais Mickael de Oliveira, dont je connaissais l’écriture nerveuse, l’engagement politique fort, la théâtralité frontale qui reprend souterrainement des matériaux classiques, développe ces trames et les fait résonner aujourd’hui. J’ai fait appel à l’auteur allemande Ulrike Syha, dont j’apprécie l’humour décalé, le don de la structure, de l’enchâssement, d’un dédoublement, d’un théâtre-récit qui alterne la fiction et la pensée. Tous deux ont répondu positivement à ma proposition de travailler sur une écriture de plateau qui tend vers une pièce unique.
Il m’a semblé important de convoquer deux auteurs pour garder la dimension du désaccord, de la discussion, du pro et contra. En lien avec une historienne, Maud Chirio, ils inventent la forme théâtrale qui pourrait naître de nos échanges. Certains concepts politiques, liés à l’histoire nationale, s’avèrent impossibles à transposer. Cette dimension « intraduisible » et le processus de la traduction lui-même y deviennent aussi matière de plateau. Le spectacle se jouera dans les trois pays – France, Allemagne, Portugal - dans trois versions réinventées dans chaque pays, où les trois langues s’entendent et se répondent sur le plateau.

J’imagine un spectacle où les acteurs échangent des idées, travaillent des concepts, interrogent avec les spectateurs notre positionnement politique aujourd’hui. Une parole réflexive, un non-jeu, comme dans certains films de Godard (je pense à Deux ou trois choses que je sais d’elle ou à Masculin/Féminin), un jeu entre l’acteur et le personnage, où chaque acteur travaille de façon documentaire, à partir de sa personnalité, pour entrer brusquement dans une fiction. Comme dans la « scène de la rue » de Brecht, on nomme une chose, et l’acteur la fait immédiatement advenir, l’invente en direct et de façon ludique sur le plateau. Je pense aussi au travail de la réalisatrice Dominique Cabrera dans Le beau dimanche qui raconte la journée du 17 juillet 1791 vue d’aujourd’hui : très directes, les prises de parole se réfèrent à hier comme à aujourd’hui, travaillant entre l’acteur d’aujourd’hui et le souvenir d’une figure ou d’un personnage, et laissent peu à peu la place à des corps qui créent les images.

Animant régulièrement des stages et workshops, que ce soit à destination de publics scolaires ou de jeunes acteurs (EDT 91, CEPIT de Poitiers, DEUST de Besançon, Conservatoire de Belfort), j’inviterai les deux auteurs à m’accompagner, ensemble ou séparément, pendant les deux saisons que durera le processus de création, afin de faire connaître leurs écritures et de poursuivre mon travail de plateau en dialogue avec elles.

MICKAEL DE OLIVEIRA/ Auteur (Portugal)

Le projet d’Anne Monfort m’a tout d’abord intéressé, car le défi de penser les révolutions et les impasses pour les créer dans des moments forts de crise est un thème très présent au Portugal. La dernière révolution date de 1974, moment de virage vers une construction démocratique qui a fait cesser plus de 40 ans de dictature fasciste, orchestrée par le pouvoir et la personnalité de António Oliveira Salazar, qui est née et a grandi très près de chez mes parents, dans une ville pauvre du Portugal, au nord du pays.

Penser la révolution, c’est réfléchir aussi sur le fascisme et ses conséquences : émigration, donc, ma propre histoire, étant né et ayant grandi en France. La France est pour moi plus qu’un territoire : c’est une langue et une culture imprégnée d’idéaux révolutionnaires. J’ai appris à l’école française, dans les années 80, que la révolution était basée sur des principes simples - liberté, égalité et fraternité - , en ajoutant «maternité», car ma langue maternelle est la vôtre, la nôtre. J’ai aussi compris, très tôt, que cet idéal républicain était devenu, au fil du temps (depuis 1789...), un simple concept d’espoir. Que faire aujourd’hui de ce concept et comment réagir face à cette idée, dans un cadre aujourd’hui européen et démocratique ? C’est la question de No(s) Révolution(s).

ULRIKE SYHA/ Auteur (Allemagne)

Quand Anne Monfort m’a demandé si je voulais participer au projet No(s) Révolution(s), j’ai aussitôt accepté avec enthousiasme. Ce projet me séduit pour différentes raisons. D’une part c’est toujours pour moi, auteur, une expérience riche de quitter mon lieu de travail habituel, le bureau, pour expérimenter des méthodes de travail et de production qui me soient nouvelles. Ainsi, dans ce projet, le fait que les textes ne soient pas écrits à l’avance, complètement indépendamment, m’intéresse particulièrement. Ils naissent en dialogue, au sens le plus fort du terme – en dialogue entre deux auteurs, en dialogue avec la metteur en scène, en dialogue avec les acteurs. Et les textes qui émergent ne sont pas les seuls à être exposés à ce dialogue, mais nous aussi, leurs créateurs.
À mes yeux, ce processus de travail reflète merveilleusement le sujet du projet : l’Europe et ses révolutions. C’est pour moi au meilleur sens du terme un projet européen, tant dans la forme de sa création comme dans sa présentation et son multilinguisme. Il n’est que logique de jouer cette pièce dans différentes villes des pays impliqués.
Par ailleurs le sujet des « révolutions » en soi me passionne. Particulièrement car, dans le cadre de ce projet, nous cherchons à traiter le concept de révolution non seulement sur un plan documentaire, avec des éléments précis, mais également à le questionner plus généralement, avec différentes perspectives, et pas uniquement chacun selon notre expérience nationale. C’est également cette dimension européenne qui me plaît dans cette idée.
Le XXIe siècle est et sera marqué par des révolutions sous leurs formes les plus diverses, le sujet en est intemporel. Nous en suivons tous les évolutions par exemple en Egypte ou en Ukraine, même si ce n’est que par l’intermédiaire des medias. Je pense qu’il est important d’interroger le concept de bouleversement en tant que tel, et, que ce soit dans sa propre histoire, dans celle d’autres pays, de chercher des échos, des questions et des réponses.

Production : Cie Day-for-Night. Coproduction : Le Granit - Scène nationale de Belfort, CDN – Besançon Franche-Comté, Théâtre Paul Eluard – Scène conventionnée de Choisy-le-Roi, DSN - Scène nationale de Dieppe, Théâtre Jean Lurçat - Scène nationale d’Aubusson, le Colectivo 84, Théâtre de Thouars - Scène conventionnée, Lichthof Hambourg. Soutien : du Goethe Institut de Paris, de l´Institut Français du Portugal, de l´Institut Français dans le cadre du dispositif Théâtre Export, de 31 Juin Films, du Théâtre Paris Villette, du Fonds Transfabrik - Fonds franco-allemand pour le spectacle vivant, du Fonds SACD Théâtre. Avec l´aide à la création du CnT.
Le décor a été construit dans les ateliers du CDN – Besançon Franche-Comté. Accueil en résidence de création au Théâtre Paul Eluard - Scène conventionnée de Choisy-le-Roi, à l´Institut Français de Lisbonne, au Théâtre Paris Villette, au Théâtre Jean Lurçat - Scène nationale d´Aubusson, à DSN - Scène nationale de Dieppe, au Granit – Scène nationale de Belfort.
L´Arche éditeur est agent du texte représenté.
La compagnie Day-for-Night est soutenue dans ses projets par la Région Franche-Comté et par la DRAC Franche-Comté.